Capitalisme Socialisme Ecologie – Andre Gorz

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« Qu’est-ce maintenant qu’une perspective de gauche ? Que signifie être socialiste ? Comment faut-il concevoir la place future du travail-emploi dans la vie des individus et de la société ? Une société peut-elle se perpétuer sans orientation, ni but, ni espoir ? »

Le socialisme, version Gorz

´1. La restructuration écologique de la société exige que la rationalité économique soit subordonnée à une rationalité éco-sociale. (…) 3. Par ‘socialisme’, il faut (aussi) entendre (…) la création, grâce à des durées du travail de plus en plus réduites et flexibles, d’une sphère croissante (…) de coopération volontaire et auto-organisée, d’activités autodéterminées de plus en plus étendues.ª15 Gorz ne veut pas s’en prendre au capitalisme de la propriété privée, de la soif du profit et de la libre concurrence, puisque ce système a prouvé sa supériorité. La seule chose qu’il désire, c’est subordonner le mécanisme supérieur de la logique capitaliste à des critères éco-sociaux.

Gorz justifie son point de vue exactement comme le ferait tout renégat: après Marx, la société a poursuivi son développement et, en tant que marxiste de tendance droitière, peut-on réellement faire autrement que d’adapter son analyse à une réalité objectivement modifiée? Selon Gorz, il existe des développements que Marx n’avait pas prévus:

´En résumé, on peut dire que nous avons à faire avec une crise classique de suraccumulation, compliquée en plus par une crise de reproduction qui, en dernière instance, est imputable à la rareté progressive des ressources naturelles.ª16 La production croissante, l’utilisation des matières premières et la pollution qui en découle posent en effet de nouveaux problèmes, même si le problème de l’exploitation de la nature a déjà été soulevé par Marx et Engels. La question primordiale n’est toutefois pas de savoir s’il y a bien une crise de reproduction, mais de savoir quelle sorte de société est fondamentalement la mieux armée pour affronter n’importe quelle crise. S’agit-il d’une société où il existe une contradiction entre la soif personnelle de profit d’une minorité et les problèmes de santé et d’environnement du monde entier et, en particulier, des travailleurs? Ou s’agit-il, au contraire, d’une société qui, grâce à la possession en commun des moyens de production, serait mieux en mesure d’affronter de façon planifiée les problèmes environnementaux? Ce n’est pas le simple fait de constater ces ‘nouveaux’ problèmes qui fait que quelqu’un est un vrai socialiste, mais bien la recherche de solutions socialistes à ces nouveaux problèmes.

– ´Le pouvoir économique et social qui décide, oriente, organise, commande la production, s’est déplacé hors du processus de travail. (…) La mise en question des décisions de production et l’exigence politique d’acquérir un pouvoir sur elles, requièrent aujourd’hui non pas l’identification des travailleurs avec leur fonction productive mais leur recul par rapport à la tâche qui leur est impartie.ª17 Pour Gorz, la spécialisation sans cesse accrue de la production fait qu’il est impossible pour les travailleurs d’exercer sur elle le moindre contrôle. Il n’est donc plus question de lutter pour la maîtrise des moyens de production mais, au contraire, de contribuer le plus possible à leur développement. Le socialisme n’équivaut plus au contrôle des moyens de production mais bien à la recherche du maximum de temps de loisirs possible, durant lesquels on pourra mettre sur pied et développer des ´activités que l’on aura soi-même choisiesª. On sera confronté à un Capital ‘réglementé’, qui opérera harmonieusement, main dans la main, avec un secteur coopératif parallèle et à petite échelle: Vandervelde et d’autres social-réformistes ne l’ont pas mieux exprimé au début de ce siècle… La seule nouveauté réside dans le fait qu’on y collera un petit paravent verdâtre, derrière lequel la continuité du capitalisme pourra se dissimuler en toute quiétude. Par ailleurs, c’est une erreur de déclarer que l’aliénation serait imputable à la spécialisation — en d’autres termes aux moyens de production — et non aux rapports de production. De cette façon, on s’arrange exactement pour laisser les capitalistes hors d’atteinte. Sous le socialisme aussi, il y aura spécialisation, et elle sera même plus poussée que sous le capitalisme. Mais le problème de l’aliénation y sera précisément résolu avec une bien plus grande efficacité, parce que les travailleurs, via toute la série des organes présents au sein même de l’entreprise et de l’Etat socialiste, pourront faire entendre leur voix. Dans ce cas, il s’agira non seulement de contrôle sur sa ‘propre entreprise’, mais également — et surtout — de contribution quant à l’ensemble de la société.

– ´Le travail n’est plus la principale force productive. (…) Les entreprises remplacent le travail humain par des systèmes automatiques.ª18 Gorz en vient à la conclusion que le prolétariat est une classe en régression. Une fois de plus, il confond les moyens de production et les forces de production: même si, dans une usine, on a besoin d’un nombre moins élevé de travailleurs pour assurer une production plus forte, leur position n’en demeure pas moins d’une importance tout aussi déterminante que naguère: les travailleurs, qu’ils soient ou pas hautement qualifiés, déterminent si l’on produit de la plus-value. Et ils le font dans des conditions d’exploitation accrue. L’affirmation prétendant que la classe ouvrière est en régression est donc totalement erronée.19

– ´Il ne peut y avoir de modernisation écologique sans restriction de la dynamique de l’accumulation capitaliste et sans réduction par auto-limitation de la consommation.ª20 Pour Gorz, la diminution de la durée du travail est une arme destinée à faire baisser la consommation: ´Avec l’auto-limitation de la durée du travail, le ‘temps choisi’ rendrait donc possible l’auto-limitation du revenu et de la consommation marchande.ª21 Gorz entend donc, d’une part, résoudre le problème de l’environnement en soumettant le Capital à des critères éco-sociaux (voir plus haut) et, d’autre part, il veut aborder le problème de la consommation. Mais dire que ‘la’ consommation doit diminuer, c’est automatiquement s’en prendre aux travailleurs et laisser les capitalistes hors d’atteinte. A une époque où 358 milliardaires possèdent davantage que 40% de la population mondiale, parler d’‘auto-limitation’ équivaut uniquement à contribuer à l’accroissement du degré d’exploitation sous l’impérialisme. Même si l’on s’empresse d’ajouter qu’il n’est pas exclu qu’il y ait encore un peu de croissance dans le tiers monde. En disant cela, Gorz ne résout nullement le problème écologique, mais il fournit toutefois une solution à la modernisation écologique de l’impérialisme.

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